Ou M&M's reviennent au port (The One back in Bariloche)

Publié le par Marek

Amis du buisson et du rossignol qui chante, apres une semaine de mission me revoila dans le cybermonde!

Revenons un gros poilouze dans le temps, c'est a dire jeudi de la semaine derniere...

Il pleut a torrents sur la brave cite lacustre de Bariloche ce jour la. L'escalier qui mene a notre auberge ressemble plus a Iguazu un jour de deluge qu'a une brave volee de marches innocentes quoique irregulieres. J'accompagne Marjo au terminal de bus. La on retrouve Sofia, notre contact barilochoise pour le volontariat et Natalia, une autre volontaire polonaise qui n'en veut. Elles prennent toutes 3 le bus pour Villa la Angostura, la haut dans les montagnes, tout pres de la frontiere chilienne. On se dit au revoir sur les marches du bus, sous la pluie battante. Snif...

De retour dans le centre je finalise les demarches pour me rendre sur l'ile. A l'administration des parcs nationaux on me donne une casquette et un badge, puis je me rends a l'intendance ou on me remet un laisser passer pour le parc et un autre pour le bateau.

Le lendemain le soleil fait son apparition et toute trace de pluie s'evapore des marches iguaziennes. Apres une heure de bus je me retrouve a Puerto Pañuelo, a 25 km hors de Bariloche pour prendre le "Cau-Cau", fier catamaran touristique qui m'emmene vers la Isla Victoria sous un soleil radieux tronant au milieu d'un ciel azur balaye par un vent favorable. Le lac est lisse comme les parois du Cerro Torre et les mouettes viennent manger les galettes dans les mains des enfants a la grande joie du photographe de bord qui fait ses choux gras de ces mouettes gavees aux galettes (bon appetit).

Une heure et pico de naviagation dans un paysage tout patagonien de beaute, nous entrons par l'etroit chenal dans la baie d'Anchorena puis accostons sur le miserable ponton en bois branlant de Puerto Anchorena. La je debarque et me rends direct a la cabane des "guardaparques".

Je fais la connaissance de Damian aka "Tata", le chef de l'ile, de Mathias, volontaire argentin depuis maintenant plus d'un an (il veut entrer dans l'ecole de guardaparques, objectif ardu rendu plus aise par le cumul de "points de volontariat") et de Emmanuel, autre volontaire argentin au long cours qui lui, deja guadaparque, veut monter d'un cran dans la hierarchie guardaparquienne.

Je m'installe dans mes penates et decouvre avec horreur que je n'aurai pas droit a la belle polaire verte des guardaparques qui me faisait tant envie... Tant pis il me reste la casquette pour frimer sur les sentiers de Belledonne! En fait il s'avere que meme "Mati" et "Emma" doivent acheter avec leur salaires (de misere .. voire inexistant dans le cas de Mati) leurs propres uniformes...

Ce meme vendredi commence mon marathon des metiers.

Day 1 - vendredi - technicien de surface.

Ma premiere mission, si je l'accepte, ce qui est le cas, est de nettoyer les ecuries d'Augias .. enfin .. plutot la salle des fetes de l'ile qui se trouve en fait etre l'ancien centre d'instruction des guardaparques (CIG).

Comme on est en Argentine et que les sous pour la conservation des parques ne courent pas les buissons, le Tata a loue la salle a la communaute juive de Bariloche pour y feter la paque juive. Apparemment cette ceremonie n'inclut pas le nettoyage des locaux...

Horrifies, on decouvre avec Mati des steres de detritus empiles la depuis lundi. On retrousse les manches et zou, tout le tas de bouze au bucher. On nettoie tout nickel. Vu qu'on est censes venir habiter le CIG dans le courant de la semaine ... et que l'odeur de saumon pourri est plutot persistante on ouvre grand les fenetres pour laisser entrer le bon air patagonien. Pour un premier contact avec la nature et l'air frais c'est plutot a cote de la plaque, mais nanti d'une motivation indeboulonnable, je ne perds pas espoir.

Day 2 - samedi - cuistot.

Le lendemain il refait grand beau et c'est asado! Cad barbeuc. Mais pas n'importe quoi comme barbeuc hein! Tous les chefs de la securite civile, des parcs et autres instances paramilitaires mais qui nous veulent du bien sont reunis sur l'ile.

On fait griller du sanglier et du cerf. Introduits dans l'ile au debut de l'histoire de la conservation, ils se sont repandus, reproduits et multiplies a tel point que nos courageux guardaparques sont obliges de les chasser pour qu'ils ne ravagent pas la flore locale. (approche de la "conservation naturelle" qui rend Marjo malade...) Pas tres au fait du decoupage de ce genre de bebetes dans le sens de la longueur je me consacre a la preparation d'une salade geante pour tout ce gratin de grades. L'idee me traverse l'esprit d'asaisonner ma salade d'une vinaigrette experimentale mais voyant le Tata serieusement preoccupe par la reussite de l'evenement je me replie plutot sur un truc classique.

Un fois le repas termine, je vais chercher Marjo au ponton. Elle a ses jours de "franco" (libres) le WE, ecole oblige. Arrivee a bord du "Modesta Victoria" elle decouvre ebahie l'ile aux mille sangliers et cerfs. On se ballade, elle nous donne un coup de main pour debarasser l'asado puis on s'installe au CIG et on se chauffe au feu de bois en admirant la couleur des arbres et le coucher de soleil.

Day 3 - dimanche - franco avec cheraille

Ciel bleu et soleil again! Apres les jours de deluge sur Bariloche on n'esperait pas avoir un temps aussi superbe en cette saison! On profite d'un deplacement du Tata pour aller avec lui dans le nord de l'ile en jeep.

Apres une bonne heure de tape-cul a l'arriere du vehicule antediluvien on entame le retour a Anchorena a pied. Le sentier nous mene le long de la cote est de l'ile. On decouvre les plages et les panoramas sur la cordilliere qui s'offrent a nous a chaque virage. On prend le temps de se poser au soleil en admirant le ballet des nuages sur les hauts sommets des chaines de montagnes de l'autre cote du lac. De retour au port apres qqes bonnes heures de marche Marjo choppe le "Camahueto" pour revenir a Bariloche car demain il y a ecole a Villa! Prochaines retrouvailles, sur le continent dans notre auberge cherie ("La Bolsa" d'ou je vous ecris presentement).

Day 4 - lundi - mecano

Le tracteur de l'ile est en rade. Joint de culasse crame et fuite du cylindre central. Zou a l'atelier, on retrousse les manches et on met les mains dans le cambouis, melange a du liquide de refroidissement en l'occurence (because fuite!).

Le vieux moteur Fiat (coucou Philippe!) se laisse demonter sans trop de soucis. Avec Mario et Luigi .. heu .. non, Henrique, on deboulonne, on nettoie, on vidange, on remet un joint, on reserre les vis avec une cle dynamometrique, on en pete une car elle date un peu la machine, on la repare, on finit par revisser le carter, on remet les culbuteurs en place et on laisse le joint prendre position avant un premier galop d'essai. Les 30 min de boulot effectif sont diluees entre discussions, consommation intensive de mate, et glandouillage general. Je tache de de me faire au rythme jamaicain du labeur sur l'ile mais j'ai un peu de mal!

Le galop d'essai est un echec. La fuite persiste. L'apres midi sera donc occupee a demonter tout le bouzin pour tenter de colmater tout ca avec de la resine. De toute facon faut laisser reposer le moteur (et Henrique, et Mario, et laisser chauffer le mate, et regarder passer les feuilles mortes ,et ...) avant de reserrer donc la suite demain.

Day 5 - mardi - vitrier

Avant de me coucher, la veille, je profite de l'acoustique exceptionnelle de la salle du CIG desertee pour jouer de la quena a fond les ballons. Apparemment les sons suraigus ont rendu un faisan fou car le lendemain matin on decouvre un trou beant dans une baie vitree du CIG....

En suivant les plumes et taches de sang on arrive au cadavre du malheureux volatile. Tout le monde est mystifie par cet incident. Comment cet oiseau leger et au vol peu veloce a pu passer a travers ces vitres epaisses en laissant un trou comme celui d'un impact de boulet ??? Le mystere est entier ... Maintenant il s'agit de finir de demollir la vitre avant qu'un malheureux ne se fasse decouper en rondelles par les pans de verre tranchant qui pendouillent dans le vide. Je m'attelle a cette tache avec une joie defoulatoire proche de la barbarie. Rhaaa lovely!

Day 6 - mercredi - surveillant de baignade

Tous les jours le Cau-Cau et le Modesta Victoria deversent sur l'ile des centaines de touristes. Jusque la je n'avais pas trop eu affaire a eux. Ils se tiennent plutot pepere et hormis l'emplacement des toilettes, ils ne nous demandent jamais rien.

Ce jour la toutefois arrive la famille Boulet. A peine debarques sur le ponton de service, ils se dirigent vers le deuxieme ponton, interdit au public et qui branlouille encore plus apres qu'un recent incendie l'ait prive d'une planche sur deux environ.

Nous utilisons ce ponton pour y amarrer la vedette mais pour s'y ballader il faut savoir un peu ou mettre les pieds sinon c'est la baignade avec ecorchures multiples en bonus. La famille Boulet donc, decide d'enjamber la chaine avec le ch'tit panneau "NO PASAR" et s'aventure avec femmes et enfants vers le bout du ponton maudit. Je vois ca de ma cabane et ni une ni deux, j'enfile ma casquette de justicier (seul element vestimentaire de justicier a ma disposition, cf. plus haut) et je sors en courant. Arrive sur le ponton je m'adresse du ton ferme et autoritaire qui me caracterise au leader de la famille Boulet, que mes connaissances en bouleto-morpho-psychologie me permettent d'identifier dans un laps de temps plus court qu'un battement cardiaque de colibri. "Vous ne pouvez pas rester la! Zou!" dis-je. Les Boulets sans meme un "Oops pardon" me tournent le dos et d'un pas nonchalant destine a me montrer a quel point ma casquette ne les impressionne pas, sortent du ponton en savourant une derniere fois ce point de vue arrache aux griffes de l'interdit et de ses sbires a casquette. "On va aller a la cafeteria alors!" lance le leader au reste de sa tribu. Je me dis que voila bien des gens qui savent tirer parti des beautes de la nature.

Day 7 - jeudi - bucheron

Regulierement les vents patagoniques couchent de hauts sapins fragilises par la faible epaisseur de sol ou leur racines ne les stabilisent pas sufisamment. Ce jour la notre mission consiste a deblayer un coteau dans le sud de l'ile ou les troncs se sont accumules ces derniers mois.

A bord de notre tracteur Fiat (coucou Philippe! -bis-) finalement ressucite apres moult colmatages (et mate et pauses et ...) nous nous rendons sur les lieux du tronconnage. J'accompagne Mario et Henrique. Mario est un as de la tronconneuse et Henrique a le dos en compote apres 25 ans de bons et loyaux services dans l'atelier de l'ile ou il remplit egalement la fonctions d'ecquarisseur des cerfs et sangliers chasses sur l'ile .. c'est d'ailleurs assez glauque ce melange de taches d'huiles et de taches de sang .. j'imagine qu'apres 25 ans les gars ne se posent plus trop de questions d'hygiene, meme quand on demarre le tracteur dans l'atelier et que la fumee du diesel vient s'echouer sur les quartier de viande suspendus au dessus des cuves de vidange.... miam miam...

C'est donc a moi que "decombe" la divertissante tache de charger les troncons d'arbres sur la remorque. Il fait beau, je suis d'humeur joueuse et je m'y colle avec zele. Je decide de faire la course avec Mario en chargeant plus vite qu'il ne decoupe. On va de tronc en tronc, Henrique fait passer le tracteur et sa remorque par des sentiers invraisemblables et Mario debite les steres que j'envoie a un rythme effrene a l'arriere de l'attelage. Certains troncs qui se trouvent trop en contre-bas sont tractes a l'aide d'une grosse chaine. D'autres qui menacent de tomber sont abattus par un Mario qui fait peter les watts et les decibels. A la fin de la journee je gagne le surnom de "Maquina cargadora" et les gars me veulent pour la prochaine session de decoupage. Groumpf, fait le barbare qui sommeille en moi!

Day 8 - vendredi - flic (echec) et marin (succes)

A l'occasion de son sejour sur le continent le Tata apprend que des gonzes pechent au filet dans le lac Nahuel Huapi. Pecher la truite n'est pas peche mais le probleme avec les filets c'est qu'ils prelevent egalement tout un tas de poissons proteges. Le gang des casquettes doit agir!

Je me couche donc jeudi soir avec le volume de la CB a fond en attendant, a l'aube, le go-go-go du Tata pour sauter dans la vedette et filer comme le vent apprehender les malfrats truitophages. Malheureusement le gros temps ne nous permet pas de sortir et on espere qu'il en a ete de meme pour les delinquants. Je me recouche donc a 6h du mat et garde mes reves de justice pour plus tard. J'espere qu'on aura l'occasion de les chopper la prochaine fois!

Bon en attendant c'est franco-day! Je rentre pour Bariloche revoir cheraille et profiter de 3 jours libres grace au 1er mai bonus ou aucun bateau ne circule entre l'ile et le continent. Apres avoir fourre tout mon linge sale (c'est a dire tout mon linge, tout court) dans le sac a dos, je saute dans le "Camahueto" qui avait ramene Marjo dimanche dernier. Le temps est splendide et seul un vent du nord refroidit un peu l'ambiance. Je me pose sur la plateforme arriere du Camahueto et dis au revoir a l'ile. Le lac est calme et je me dis que ca va etre chouette ce voyage a l'arriere avec les splendides panoramas sur le Nahuel Huapi. Un instant je rentre dans la cabine pour causer avec le capitaine et la l'enfer se dechaine.

On vient de sortir de la baie abritee d'Anchorena et maintenant des creux de 2m assaillent notre frele esquif! J'abandonne toute ambition de me maintenir sur la plateforme arriere, desormais balayee par les embruns et je tente plutot de m'accrocher a tout ce qui depasse et qui pourrait me maintenir plus ou moins horizontalement. Le cap'taine lui est assis pepere sur un tabouret, a la barre, et les megatonnes de flotte qui se deversent sur le parebrise ne semblent pas l'effrayer plus que ca. Derriere moi dans la cabine les differents elements de mobilier commencent a se ballader et comme on est que deux a bord c'est moi qui m'y colle pour tout ranger. Comme j'ai autant le pied marin que ma grand-mere est cosmonaute, je ne tarde pas a etre brassee comme une bonne biere et regagne a grand'peine mon poste aupres de mon capitaine adore.

Bientot on arrive sur l'autre rive du lac. Avant de rallier Bariloche on doit passer chercher des gens qui vivent dans l'isolement le plus total. Leur ponton est encore plus pourri que celui d'Anchorena. Il s'agit essentiellement de troncs d'arbres poses dans le lac avec moult branches saillantes qui ne plaisent pas a mon capitaine. Il me lance "Oye flaco! donne moi un coup de main!". A quoi je reponds "Ok -burp- no problemo.. -grlupp-". Je choppe une gaffe et tente de maintenir le bateau loin des poutres pendant que le captaine fait de meme a l'avant tout en aidant les passagers a embarquer. Les vagues continuent a faire valser le bateau mais curieusement maintenant que j'ai un truc a faire, je me sens moins malade. Peu apres on remet le cap sur le sud, avec le vent cette fois dans le dos. Une fois debarque mon estomac mettra environ 2h a retrouver  une acidite normale.

Voila les cocos. En deux mots c'est la belle vie. On passe un super WE au soleil avec un dodo bien au chaud dans un lit confortable et .. du chocolat !!!

Je reviens sur l'ile mardi prochain (2 mai) avec le Modesta Victoria pour la suite de mon experience victorienne. La bas c'est une sorte de paradis avec des gens gentils, pas d'horaires, des arbres fruitiers a tous les coins de rue .. heu .. de sentier et des paysages incroyables. Bon pour l'instant on a un bol incroyable concernant la meteo.... L'annee derniere en cette saison ils avaient de la neige. Donc je keepe mes fingers crossed pour que ca continue comme ca !!

A bientot pour de nouvelles tartines en provenance du pays des Patagons !! (l'origine du mot "Patagonie" m'a enfin ete eclairee... peut etre dans un prochain post!)

PS: soucieux de la bonne marche du bizness de mon bopapa je tiens a souligner que notre tracteur Fiat, comme d'ailleurs tout equipement issu des fieres usines de la marque italienne, est desormais indestructible et fonctionne a merveille. Seule une collision avec un meteore pourrait eventuellement nous le renvoyer a l'atelier!

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Publié dans Patagonie

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