Où M&M's passent la frontière en Fiat Uno (the one in Bariloche)
Dimanche matin, c'est l'heure de quitter notre petit coin de paradis pour rallier l'Argentine ! Enfin, dimanche "matin"... On avait bien mis l'alarme pour se réveiller tôt, mais on s'est rendormi avec bonheur et il est près de midi quand on plie la tente. On arrive au bout de nos provisions et on déjeune de pâtes à l'eau :-).
Nous attendent 11 km de descente, sac au dos, dans un environnement magnifique, mais avec la perspective effrayante de devoir retraverser le Rio Frio ! Quelques heures plus tard, nous y voilà, et franchement, c'est encore plus frais que dans mes souvenirs... Marek passe le premier et lance "Waouh, elle est froide !" Diverses visions se bousculent devant mes yeux : Marek en train de se baigner au lac de la Muzelle, sous la neige, en Bretagne un 31 décembre, dans le Pacifique à 15 degrés... Le tout, sans y être forcé par rien ni personne. Je comprends que je vais passer un sale moment et j'hésite entre fondre en larmes ou faire demi-tour et vivre sur le Cerro Antillaca le restant de mes jours. Avant que j'opte pour la deuxième solution, il a traversé et me crie "Viens, ça va en fait !" Tu parles... Je tente la traversée sur des cailloux, histoire de ne pas me mouiller, mais alors que j'ai presque rejoint l'autre côté, je tombe et me mouille jusqu'aux cuisses... en parvenant à sauver l'appareil photo ! L'effet est radical, je bondis sur la rive, et nous voilà saufs :-) On continue à descendre, on se perd dans la forêt : léger moment de panique de Marek qui tente de faire style "je suis zen et détendu, même pas peur", mais on retrouve rapidement le chemin.
Vers 17 heures, on aperçoit le bout du chemin et on hésite entre le soulagement d'être arrivés et le regret de retrouver la civilisation si vite. Mais après trois jours quasi sans fruits et légumes (on avait embarqué in extremis deux courgettes et deux pêches, qu'on a savouré à leur juste valeur...), on se jette sur les framboises que vend une dame : elles viennent de son jardin, elles sont succulentes, elles coûtent 80 centimes d'euros les 500 grammes et elles nous appelaient depuis le matin !
On trouve très vite un bus qui rallie le croisement, 4 kilomètres plus loin, où passent les bus en direction de Bariloche. A peine le temps de mettre le pied par terre, coup de chance, passe un de ces bus à qui Marek fait de grands signe... que le chauffeur dédaigne royalement. Gloups ! De mon côté, j'avise une voiture à plaque argentine et je demande à ses occupants s'ils pourraient nous emmener jusqu'à la frontière, 21 km plus loin : ils sont OK ! On embarque donc, un peu serrés, à l'arrière, et on commence à discuter avec le couple chileno-argentin qui nous conduit et qui est vraiment sympa. Les paysages sont à tomber, la frontière reste ouverte jusqu'à 21 heures, et on hallucine un peu que les évenements se soient enchaînés aussi vite et aussi bien :-))) Arrivés à la frontière, nos hôtes fiatiens nous proposent de nous emmener jusqu'à Bariloche, où ils vivent, pour 10 pesos argentins chacun. Le bus qu'on avait tenté de prendre coûtait 50 pesos... et vu le temps d'attente pour faire passer la frontière à 40 passagers, il est loin derrière nous. On tope et nous voilà partis pour Bariloche dans la bonne humeur ! La Fiat ne dépasse pas les 70 km/h et malgré les coups de klaxon sauvages des voitures qui nous suivent, elle descend même à 30 km/h chaque fois qu'on dépasse une curiosité... et elles ne manquent pas sur ce bout de route... pour qu'on puisse bien voir :-)))
On amorce la descente sur Bariloche pile au coucher du soleil : la lumière sur le lac, les montagnes noires, on n'en croit pas nos yeux. Nos hôtes nous laissent dans le centre-ville et malgré les sacs et notre air crado, on décide d'aller manger illico : on n'a dans l'estomac que les pâtes du matin et 1 kilo de framboises ! On fait honneur à la gastronomie argentine avant de rallier le camping... et, enfin, de reprendre aspect humain. Qui n'a pas passé 3 jours sans se laver, en marchant toute la journée, ne sait rien du vrai bonheur d'une douche chaude qui décrasse... pas qui nettoie, vraiment qui décrasse, style Karscher (noter qu'ici, ce noble instrument de jardinage n'a rien à voir avec un quelconque politicien de droite..!).
Aujourd'hui, petite ballade dans Bariloche, à admirer le lac et la Patagonie alentour, c'est souverain. On attend de trouver du chocolat (spécialité de la ville) pour décider de la suite à donner aux opérations : partir pour un nouveau trek dans le parc national tout proche, faire une nuit de bus pour aller à Puerto Madryn, sur la côte, voir les phoques et les otaries, ou descendre en Patagonie. Choix cornélien s'il en est...