Un peu de Culture sur nos Amis les Français : aujourd'hui, la France Terre d'Accueil

Publié le par Marjo

On a largement détaillé, Marek et moi, notre angoisse de retrouver la France, sur ce blog. On a comparé les continents, dit ce qui nous plaisait en Amérique Latine, quelles étaient nos peurs, et puis, aussi, ce qui faisait qu'on rentre même pas contraints et forcés, ce qui fait que la France c'est chez nous, et ce qu'on est heureux de retrouver.

Je ne me doutais pas à quel point nous étions chanceux de pouvoir décider, à quel point c'est un luxe d'avoir des hésitations à rentrer dans un pays où d'autres aimeraient juste pouvoir rester. Je ne pensais pas que notre choix - c'est un mot magique, c h o i x - de revenir en France sans se poser de questions, parce que nos passeports sont français, nous rendait tellement différents de ceux qui ont été nos amis ici, nos semblables, de ceux qui nous ont accueillis, et qui ont, eux, un autre passeport.

Nous avions déjà été témoin, en passant des frontières, du harcèlement de ceux dont le passeport est moins côté. Il n'est pas officiel, le top 50 des passeports, mais personne ne s'y trompe. L'emblème du Pérou, de la Bolivie, et c'est le sac qui est sorti, mis sous le nez des chiens, fouillé, étalé, les slips par terre, les emballages cadeaux déchirés. L'humiliation de celui qui est victime de ce traitement sous les yeux des 50 autres passagers du bus. Notre colère, nos tentatives de capter son regard, pour lui faire passer un peu de soutien. Dans ces moments-là, on aimait moins l'Amérique Latine.

Etre né quelque part, pour celui qui est né, c'est toujours un hasard, vous connaissez la chanson. Vendredi soir, je suis allée voir Match Point au ciné, dans lequel Woody Allen parle de la part de chance dans l'existence de chacun. Moi, la chance, ça me parle, mais pas tant que ça : j'aime bien penser qu'on est l'artisan de son destin, que la volonté et l'envie de vivre sont primordiaux. Force m'est de reconnaître que ce discours ne tient pas devant LE coup de bol de départ : être né quelque part.

 L'objet de ma révolte vient d'ici :
 
 
 
Je sais que si l'histoire d'Eduardo me touche, c'est parce qu'il est Colombien, et que j'ai rencontré ici des tas de Colombiens qui m'ont parlé de leur pays. Parce qu'il a 9 ans. Parce que Ingrid Bétancourt. Parce que l'histoire est bien racontée. Je sais aussi que des Eduardos dont la nationalité inspire moins, qui sont plus âgés, et qui n'ont personne pour raconter leur histoire, ça court les rues.
 
Et dans un coin du coeur, j'ai aussi l'idée que si mon mari, mon grand amour, avait été en situation irrégulière quand il est arrivé en France à 8 ans, il aurait été "hors-critère" et la France lui aurait fermé ses portes. Eh oui, il la parle, la langue de ses parents, il a cette richesse incroyable, je la lui envie d'ailleurs : il est bilingue. Et c'est peut-être parce qu'il parle deux langues depuis l'enfance qu'aujourd'hui il manie le japonais presque aussi bien que l'anglais, qu'il a appris l'espagnol en trois mois, qu'il discute avec mes amis allemands et qu'il passe du polonais au français dans la même phrase. N'empêche que d'après certain, c'est une raison pour refuser à un enfant le droit d'être Français.
 
Là où c'en presque drôle, c'est que les Français à l'étranger ont toujours la réputation de rien baragouiner d'autre que leur langue maternelle. "Vous parlez drôlement bien espagnol, pour des Français ! Mais vous parlez anglais aussi ? C'est drôlement rare, ça, ils ne parlent que français les Français, d'habitude...!". Maintenant, on pourra expliquer pourquoi.
 
Douce France, hein..
Publicité

Publié dans Bonus

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article